API : La grand’messe Afrique-France a fait son lifting. Et c’est en effet une première, le club des chefs d’État est fermé, bienvenue à celui de la société civile. « Format » salué par Wakat Sera. Quotidien burkinabè dans lequel Armand Kinda directeur général du journal en ligne Minute.bf, assure que « les chefs d’Etat africains, notamment ceux de l’Afrique francophone, sont considérés par nombre de jeunes, comme des sous-préfets des Gaulois », tandis qu’Aboubacar Dermé, journaliste à L’Observateur Paalga, approuve le changement de format du sommet Afrique-France car « la jeunesse constitue l’écrasante majorité des populations africaines, avec des jeunes de plus en plus exigeants en matière de collaboration entre Etats», dit-il à Wakat Sera.

L’Observateur Paalga, justement. Cet autre quotidien ouagalais de renom souligne qu’au-delà du nouveau format, le « contenu » de ce sommet Afrique-France a pris aussi « un grand coup de lessive », loin du « jamboree politique » habituel des chefs d’États qui sont comme « des filleuls » dont certains sont pressés d’aller à la rencontre de « leurs parrains français et de recevoir des directives »

L’Observateur Paalga pointe aussi le « regain de dénonciation des relations économiques et monétaires jugées prédatrices que l’ex-métropole entretient avec certains pays du continent, notamment ceux de la zone franc. Cette dénonciation est portée par la jeunesse et les associations de la société civile », souligne-t-il, « avec le “sommet renversé” de Montpellier, l’Adonis Macron va donc à la conquête de cette Afrique des peuples ». Mais attention, prévient L’Observateur Paalga, « tant que le Coq gaulois, derrière les apparences d’un adonis charmeur, prendra les airs d’un prédateur de la basse-cour subsaharienne, il aura à craindre la révolte de ses abeilles, tôt ou tard ».

Pas de gilets jaunes à Lambaréné

Mais sommet new-look ou pas, dans la presse africaine, certains intellectuels africains critiquent persistent et signent. Et le critiquent vertement. C’est par exemple le cas de l’écrivain tchadien Koulsy Lamko, qui, dans le quotidien sénégalais EnQuête, « crache ses vérités »tout à la fois, contre le Sommet, Emmanuel Macron, mais aussi « ceux qu’il considère comme des complices du Président français » et qu’il traite de « bouffons de substitution » ou encore de « marionnettes intelligentes, celles de l’ère des (nouvelles technologies) et de l’intelligence artificielle ! ».

Présent au « contre-sommet » organisé à Dakar par des intellectuels africains réunis par le CORA, le Collectif pour le renouveau africain, Koulsy Lamko n’a qu’un cri de guerre, qu’il lance dans EnQuête : « Ya basta ! des sommets sur l’Afrique, en dehors des villages et villes du continent : l’Afrique ! (…) Nous avons d’autres chats à fouetter que de nous intéresser à un sommet de plus et dont nous savons en toute âme et conscience que la rencontre sera montagne à accoucher d’une souris (…) Un spectacle son et lumière pour vendre le continent aux enchères du mondialisme néolibéral ! », dit encore Koulsy Lamko. Dans un style fleuri ; et dans le quotidien sénégalais EnQuête.

Et cet écrivain tchadien décidemment très inspire d’imaginer « que les fils Bongo ou Eyadema ou Deby organisent à Lambaréné à Aneho ou Sarh, un sommet France-Afrique où les gilets jaunes présenteraient un plan de restructuration de la France décadente. On se tâterait bien les tripes de rires ! », dit-il à EnQuête. Faut dire…

Macron l’Africain face au péril jeune

Dans la presse française ce matin, tout autant d’intérêt pour cet inédit sommet que dans la presse africaine. Estimant « à son paroxysme » le sentiment antifrançais en Afrique, le journal L’Humanité ouvre ses colonne à Aminata Traoré. Pour l’écrivaine et femme politique malienne, pas de doute, « gouvernant comme gouvernés (Emmanuel Macron) nous méprise ». Mais attention, prévient Aminata Traoré dans le quotidien communiste française, « pour la jeunesse malienne, entre la Russie et la France, il n’y a pas photo » !

Étant rappelé que c’est Achille Mbembe qui a accepté de préparer ce sommet de Montpellier, le politologue camerounais assure dans Le Figaro qu’il n’est pas une « belle prise » de l’Élysée et précise qu’il a dit oui avant tout « par curiosité intellectuelle » mais aussi « pour éviter que cela ne soit qu’un simple coup de com », complète Le Figaro.

Reste le contexte économique de la relation franco-africaine, et le journal Les Échos en dresse sobrement le tableau. Avec des ventes de 30 milliards d’euros en moyenne sur 2018-2020, les positions commerciales de la France en Afrique « s’effritent » face à celles de la Chine et ses 111 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur la même période, pointe le quotidien économique. Lequel journal imagine que, « si le continent (africain) était un seul pays, il serait seulement (le) sixième client » de la France (et tout, ici, se niche dans l’adverbe « seulement »).

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