API : Monsieur Aly Gueye Niang, est  Junior en Gouvernance de projet de développement durable. Basé en France, notre compatriote fait une lecture de la Pandémie du Covid 19 en parlant de ses conséquences sur l’économie de l’Afrique et du Sénégal plus particulièrement. Tout en diagnostiquant le mal, Monsieur Aly Gueye Niang prône la mise en  place d’une taxe des profiteurs du covid19 pour limiter les dégâts au Sénégal.

 Que vous inspire le Covid 19 ?

Le monde est entrain de vivre une situation inédite, ceci sur tous les plans. Cette maladie dénommée Coronavirus (covid19) a chamboulé le monde et fait basculer celui-ci dans un chaos sans précédent. Tous les secteurs d’activité ont été impactés. L’économie mondiale devrait sans doute entrer en récession. Selon la direction générale du Fonds Monétaire International (FMI), c’est une récession qui pourrait être plus profonde que celle due à la crise de 2008.

L’affaiblissement de l’économie mondiale, les pertes énormes dues à la lutte contre cette pandémie, les mesures de soutien pour les citoyens, les déficits budgétaires vont sans doute plonger beaucoup de pays dans une situation socio-économique désastreuse. Le continent Africain, risque-t-il gros ? L’Afrique reste le continent le moins touché en terme de contagion et de dégâts humains. Cependant, compte tenu de la fragilité économique du continent, ne risquerait-il pas de devenir le plus impacté sur le plan économique ? En effet,

selon le rapport du bureau d’un des groupes d’étude de la banque mondiale, cette pandémie du coronavirus risque de coûter cher à l’économie africaine. Les estimations faites par les experts renvoient à une croissance économique en Afrique subsaharienne qui pourrait passer de 2,4% en 2019 à une fourchette entre -2,1% et -5,1% en 2020, ce qui deviendrait une première depuis 25 ans.

Pouvez vous nous  faire une projection par rapport aux pertes que l’Afrique pourrait subir  après la fin de la pandémie ?

Les experts parlent même d’une perte qui pourrait atteindre 79 milliards d’USD. Cette situation est favorisée par la chute du PIB qui, de surcroit, est due à l’affaiblissement des partenaires économiques de l’Afrique. Le caractère extraverti de la plupart des économies africaines illustre le point de dépendance aux partenaires étrangers. L’économie sénégalaise en est une parfaite illustration. Cette dernière qui enregistre une croissance aux alentours de 7%, avec une grande partie apportée par des partenaires étrangers, d’où son caractère extraverti.

Le Sénégal, à l’image de beaucoup pays africains, est impacté par cette pandémie du coronavirus. Les moyens limités dont dispose le pays et l’importance des moyens financiers mobilisés pour faire face à cette maladie occasionneront vraisemblablement une situation post COVID 19 tendue. En effet, afin de limiter les conséquences économiques dues à cette pandémie, 164 millions d’USD ont été mobilisés.

Par ailleurs, le Sénégal a sollicité une aide à hauteur de 20 millions d’USD de l’Association internationale de développement (IDA).Cette manne d’argent pourrait représenter un moyen de faire face, mais également de relance pour la vie socio-économique du pays à l’issue de cette crise. Cependant, cet idéal est menacé par une mauvaise gestion des deniers publics, régulièrement observée et dénoncée au Sénégal.

En effet, la corruption et le népotisme demeurent présents dans le duo « monde politique- monde des affaires », et ceci entrave très fortement la transparence, qui est une condition sine qua none afin de garantir une affectation et une utilisation efficace et efficiente des ressources.La période post-Covid 19 et les mesures qu’elle a occasionné auront forcement un impact sur la situation socio-économique du pays. La récession qui s’annonce risque de causer la faillite de plusieurs entreprises, et ainsi installer une situation sociale précaire.

La pauvreté va sans doute gagner du terrain. Ainsi, l’Etat du Sénégal devra forcément anticiper avec des mesures pertinentes, et surtout républicaines.  La pandémie du Covid 19, à l’instar de chaque crise, a inébranlablement profité à une certaine partie du monde des affaires au Sénégal. Et encore une fois, bon nombre des marchés et contrats octroyés dans ce sens ont été contestés par beaucoup d’acteurs de la vie politique et du monde des affaires.

Quelles mesures  prônez-vous pour limiter les dégâts une fois qu’aura vaincu la pandémie ?

Néanmoins, des mesures correctrices pourraient être envisagées afin de rediriger une partie de ces fonds dans le combat qui visera le maintien à flot des PME et PMA vulnérables. L’histoire aura montré que bien des Etats, au sortir de crises et à travers des mécanismes innovants, ont adopté des stratégies efficaces qui leur ont permis de soutenir la relance de leurs économies.

Nous pouvons citer l’exemple du Fonds des profiteurs de la guerre, qui a été mise en place par l’Etat Français à la sortie des deux Guerres Mondiales. Il s’agissait une loi appelée loi du 1er juillet 1916 qui stipulait « une contribution extraordinaire sur les bénéfices exceptionnels et supplémentaires réalisés pendant la guerre ».Autrement dit, l’idée était de taxer toutes les personnes physiques ou morales qui auraient réalisé des profits consubstantiels durant cette guerre.

Un profiteur de guerre est défini comme «  une personne physique ou morale qui, de manière légale, spéculative ou délictueuse, tire un enrichissement personnel d’un conflit armé. »Ainsi, cette loi prévoyait la taxation de deux sortes de bénéfices : « Les bénéfices supplémentaires réalisés en sus du bénéfice normal et les bénéfices exceptionnels issus de marchés passés avec l’État ou avec une administration publique ».

Vous semblez dire que le Sénégal gagnerait à adopter cette loi ?

Le Sénégal pourrait s’inspirer de cette loi afin de mettre en place une fiscalité spéciale pour la sortie de crise Covid19. Ainsi, des experts pourraient se pencher sur la question afin d’examiner la pertinence de la proposition dans le contexte sénégalais, les points d’améliorations potentiels, les effets positifs futurs et les risques à éviter. Toutefois, nous proposons la mise en place d’un dispositif similaire à celui de la France de l’époque.

Tout d’abord, nous proposons l’initiation d’un projet de loi qui pourrait être nommé loi des profiteurs de la pandémie Covid 19. Cette loi mettra en place une taxation spéciale pour les entreprises ainsi que les particuliers ayant réalisé des bénéfices additionnels consubstantiels à cette crise du coronavirus au Sénégal. Par ailleurs, les entreprises ayant réalisé des bénéfices « exceptionnels » grâce aux marchés passés avec l’Etat devront également être taxés.

Ainsi, pour garantir une certaine transparence dans la mise en œuvre et le suivi, nous proposons la mise en place d’une commission supérieure des bénéfices du Covid 19, composé d’experts (fiscalistes, agents financiers, experts comptables, avocats, magistrats, des contrôleurs, etc.). Cependant, toutes ces propositions devront être examinées par des experts en la matière et prendre en compte les réalités et spécificités du Sénégal.

Le but premier recherché dans cet article est d’installer un débat sur la question afin de faire éclore d’autres idées qui pourraient devenir des solutions pour une sortie de crise maîtrisée. Tout ceci ne peut aucunement se réaliser sans une certaine volonté politique. Des fausses solutions ne peuvent avoir d’effets durables sur la vie des sénégalais.

Cette reforme nécessite un courage et une ténacité chez les autorités politiques. C’est une mesure qui peut avoir un effet impopulaire chez certains citoyens, toutefois seul le résultat final sera important. Il est temps qu’on implique tous les citoyens face à un seul et même objectif : l’équilibre social.

La seule question que tout citoyen Sénégalais devrait se poser en cette période de coronavirus reste la suivante : comment faire de cette situation périlleuse due au coronavirus, une opportunité pour rétablir l’équité et la justice sociale

Propos recueillis par Ousseynou GAYE

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